Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 10:36

Adieu. Pas « au revoir », pas « à la prochaine ». C’est fini. C’est cuit. La fin des haricots. C’est mort. Nous ne nous reverrons plus jamais. C’est comme ça, personne n’y peut rien. La vie en a décidé ainsi, tant pis pour nous. Pourtant c’était bien ensemble. Très bien. Tu te souviens ? Les gens nous aimaient pas. C’est vrai, qui aime voir des gens heureux ? Le malheur, ça réchauffe que les ordures, c’est connu. Les autres  c’est tous des salauds, tous des jaloux !  Moi, je nous ai aimé. Toi,  je sais que tu nous as aimé aussi. Partout, dans tous les sens. Au hasard. Beaucoup. Enormément. Mal. Mais peu importe, l’essentiel c’est que l’amour est là. Personne ne gagne à la fin. La vie est une putain qui s’ignore. J’ai envie de crier. Et toi, tu veux quoi ? … Répond pas tout de suite. Aujourd’hui je sais. T’as vu, personne ne pleure. Pas la peine. Nous sommes déjà morts. Déjà passés. Qui a raison qui a tort quand on part , quand on revient pas , quand la vie passe sur nous et nous a bien lessivé , quand on s’en fout du monde qui saigne et que ça change rien, quand on s’en sort plus ensemble, quand tout est contre nous et qu’on n’y peux rien, quand personne fait exprès de mourir, quand la merde est là devant nous et qu’on fait rien pour l’arrêter, quand la maison brûle et qu’y’à plus rien à  sauver, quand on crève et que c’est la meilleure chose à faire, quand on aime pas la vie mais qu’on obligé, qu’est-ce qu’on fait à la fin, dis, qu’est-ce qu’y’a à faire en fin de compte ? Tout passe, la vie passe. La guerre, l’amour, ça passe. Nous sommes tous des témoins, c’est tout. Ça fait rien, on se fait à tout. Et c’est bien ça le pire.

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Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 10:33

Le calme, le silence. Avant la bataille. Avant la guerre. Avant, on pouvait… Comment c’était, dis, mamie, la vie avant ? Elle ne peut plus répondre. Elle ne répondra plus jamais. Elle n’a jamais vraiment beaucoup parlé faut dire, ma grand-mère. C’était pas une bavarde. Elle ne se livrait jamais. Elle ne s’épanchait jamais, par pudeur. Son seul ami, c’était son poste de télévision. Ça marchait constamment. Parfois pour rien, juste pour marcher. On regardait pas. On regardait pour Dynastie ou La Vengeance aux deux Visages. « C’est chouette » qu’elle disait. Je l’accompagnais dans ses silences. Nous avons vécu longtemps sans rien nous dire. Je me revois seul dans la cuisine et nous jouons aux cartes. Au Rami, plus exactement. Cinquante et un, Stop, parfois la belotte. J’aimais nos parties. Nos solitudes, on les respectait ensemble. Toute sa vie, ma grand-mère n’a pas fait de bruit. Et pourtant, elle en imposait. Le plus grand charisme n’a pas besoin de clairons ni de cloches. Chez ma grand-mère, tout passait par les yeux. Dans le regard. Un vert émeraude, un vert rubis, le vert de l’espoir, vert brillant de mille feux. Comme la Mer Rouge. La plus belle couleur du monde. Un regard pur, sans angoisse, qui surgit pour moi tout seul, un instant d’éternité et d’absolument vert. Très sage. Très discrète. Jusque dans sa mort. Elle est partie en engueulant les pompiers. Elle était pas malade. Jamais. Elle réclamait encore ses cigarettes. Ses Gauloises, ses dernières Gitanes Maïs, je sais, c’est moi qui descendais lui acheter ses paquets. On l’a perdue à l’entrée de l’hôpital. Elle a pas voulu rentrer. Elle se sentait peut-être encore de trop. Je me souviendrai toute ma vie de ce regard de l’adieu lancé le jour où elle est partie, un regard qui disait : « je sais que tu sais que c’est le dernier, c’est la dernière fois que tu me vois, maintenant c’est à toi de faire, maintenant c’est à ton tour de vivre, t’as plus besoin de moi, je peux partir tranquille ». Et moi qui comprends, et moi qui acquiesce. Le temps l’a tué. Ou la mort, je sais pas. Elle a fait son temps. Voilà comment on partageait notre amour, comment j’ai appris à aimer, voilà ce que je respecte depuis le plus au monde : une humilité bien ordonnée devant la vie.

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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 20:29

Elle affolait. Elle en raffolait. Elle en redemandait. Sans pudeur, sans cesse, sans crainte. Elle dérangeait, elle fascinait, elle baisait pour vivre, elle aimait ça, elle le montrait, elle en voulait, elle s’arrêtait pas. Elle se regardait faire, elle participait aussi, elle y mettait du sien, de la vigueur, tenace, bonne fille, travailleuse, perverse à souhait, sans limite, à deux, à quatre, à douze. « - Qu’est-ce tu fais dans la vie, jeune fille ? - Je suce. J’aime quand ça mousse, quand ça fond … ». Espiègle, coquine, nympho, des lèvres en feu, Cindy bouchait des trous. Ses trous. Elle ne supportait pas les orifices à l’air. Elle happait, lippait, léchait comme une déesse. Elle était la meilleure dans sa catégorie. La plus grande fellationneuse du monde. Une branleuse professionnelle, une vraie poupée à bites, une marionnette du plaisir, une cannibale en face à face avec l’enfer. On la désirait tous. On la voulait tous. La pénétrer, la limer, la bourrer, la masturber, l’attacher, la fesser. Pour finir, nous jouissions sur ses seins. Elle attendait, lascive, bouche ouverte. Elle nous regardait. Ses yeux bandaient. Comment arrivait-elle à respirer au milieu de toutes ses queues ? Elle oubliait de respirer. Elle s’oubliait. « Du foutre… ». Je la regardais, elle ne me voyait pas. Elle ne pouvait pas me voir. Elle ne jouissait pas, elle était la jouissance. Je pouvais tout lui faire avec les yeux. Tout. Mes yeux touchaient son corps. Juste son corps. Un corps à ouvrir, un pubis à combler. Tout offert, tout montré, un corps résumé. Tout son corps pour moi tout seul et rien à faire. Elle n’y pouvait rien, elle ne voyait rien. Moi non plus je ne voyais rien, rien à voir. Déjà fait, tout fait. Elle n’en saurait rien. J’avais déjà tout oublié.

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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /Avr /2010 11:17

- Non je ne céderai pas. Je ne veux pas céder. Jamais. Rien. Plutôt mourir.
- Mais enfin...
- Non je te dis. C’est sans appel.


Construis, je me construis. Contre. Envers. Enfin, je suis là. Je m’incarne. Je me pose. Réconcilié avec le monde. Présent. Être enfin quelque chose… Quelle joie! S’assumer pleinement. Tout entier. Sans crainte. Sans remords. Sans haine. C’est peut-être ça le courage. Ce vers quoi l’on court toute sa vie sans jamais l’atteindre. On court et on oublie l’arrivée. La fin. C’est la fin qui fait peur. Effroyable. Horrible. Une fois pour toutes. Rideau ! Toute ma vie, j’ai fait plaisir, j’ai fait semblant. J’ai jamais tenté de vivre pour moi. Ça vaut le coup, il paraît, qu’ils disent. Ça vaut le coup… Mais le coup de quoi ? Le coup de mou j’ai eu, ça c’est fait, ça précède le coup de bambou. Puis c’est tout, c’est tout ce que j’ai eu pour le moment. Y’a pas de quoi en faire un plat. C’était jamais pour moi, jamais mon heure. Pas encore, faut attendre. Enfin c’est ce que je me répète en boucle, mais pour combien de temps encore ? Attendre, ça me sert à rien à moi. Moi, l’effacé de service. Toute ma vie tout seul, toute ma vie à jouer l’invisible. Y a pas d’amour là-dedans. Y a juste le besoin d’être reconnu. À tout prix. Et déçu, forcément. Aucun besoin d’être heureux ou d’être vrai. C’est plus drôle, je rigole plus, plus du tout, y’en a marre, j’aimerais dire « Stop », mais j’peux pas. J’ai beaucoup pleuré dans ma vie. Beaucoup. Ça sert à rien. Les autres sont toujours là. Ils s’en foutent surtout, tous, de moi. La vie aussi est toujours là. Elle s’en fout aussi. Avec son cortège d’ennuis, les emmerdes du quotidien…Elle t’écrase la salope si tu fais pas gaffe, c’est sûr. Et t’avance, toi, t’es obligé, on t’ordonne d’avancer, toujours, dans le noir, avec la peur au ventre. La peur de perdre, la peur d’échouer, la peur la meilleure, pour bien s’empêcher de vivre, pour vivre sans trop de risque, passer sa vie à se faire du mal, à plaisir. Le temps passe pour tout le monde. Enfin pas vraiment pareil, pas de la même façon…Par exemple, les parents ça aident pas, c’est pas vrai. Les égoïstes. Les incapables. Les irresponsables. Les «transmission impossible». Trop accrochés à leurs petites vies, à leurs petites gloires. Plus ils vieillissent, plus l’horizon se rétrécit, plus leurs vies nous semblent petites, mesquines. Ma vie à moi, je la voyais en grand. Merveilleuse. Maintenant que j’y suis, je me sens seul à la vivre. Tout seul. Trop parfois. Fou. Une pelure d’orange. Ces jours-ci, je suis une orange. À peler. Petit à petit, sous les pelures, je me découvre. Le même, mais autre, autrement. Dehors, rien a changé, et pourtant je me vois différent. C’est une question d’angle. Sous les pelures, l’orange est toujours ronde, parfaite. Mais à l’intérieur, la pulpe éclate, la sève jaillit sous la dent. Une fleur doit éclore. Elle ne demande pas la permission, elle ne demandera jamais plus la permission. Naître, accoucher de soi, c’est ça : ne plus avoir peur, vivre pour soi. Moi, consacré. Personne d’autre à ma place. Quelque chose est né. La genèse de quelque chose. Quelque chose est là et nous ne voulons pas le faire mourir. Nous voulons, enfin. En vrai, en sauvegarde. Nous le faisons durer. Nous sommes neuf à nouveau. Neuf. La fin d’un cycle. Un désert. J’aime le désert. Mon désert. Le seul endroit au monde qui me réchauffe. Je ne laisserai bientôt personne traverser mon désert à ma place. Un désert où je ne suis pas ne vaut pas le coup.

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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 09:54

Ils avaient tous commencé par la fin. Il fallait boire jusqu’à plus soif. Tout boire. Jusqu’à la lie. Sans répit. Boire d’abord. Et voir ensuite. Boire au goulot. Au goutte-à-goutte. Boire et couler. Boire et se noyer. GlouGlou. Boire sans se poser de questions. Boire pour éviter les questions. Y’a pas de réponses au désir de boire. Rien à faire, rien à oublier. Boire pour boire. Et s’enivrer, s’enivrer de se voir boire. Et aimer ça. Aimer se voir boire. Comme un sport : se dépasser dans l’acte de boire. Boire, je t’aime à la folie. La soif de boire qui ne s’éteint pas avec la boisson, qui ne s’éteint pas. Le désir de boire se nourrit de lui-même. Pour lui. Pour et jamais contre. Pas besoin d’être contre. C’est toujours lui qui gagne. Les buveurs sont des champions qui s’ignorent. C’est la boisson qui les perdra.

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